*[1]

Cette question posée des centaines de fois a déjà reçu mille et une réponses. Pourtant, force est de constater l’absence de consensus et la grande confusion que génèrent les diverses approches proposées jusqu’alors. Aussi, ne nous leurrons pas, cet article n’a pas la prétention de mettre un terme à ce débat, il se propose plutôt d’élargir notre réflexion en présentant des informations ignorées ou peu discutées au sein même de cercles « d’initiés ».

Lors de ce qui pourrait être la première et la seconde partie d’un vaste dossier consacré à un phénomène aversif peu connu du grand public, nous avions fait connaissance avec des notions inhérentes à la théorie de la perversion narcissique, mais éludées des médias qui se sont emparés de ce concept pour nous le présenter au cours de l’année écoulée.

Suite à ces deux premiers articles, de nombreuses réactions perspicaces ont soulevé le problème de la discrimination entre le « normal » et le « pathologique ». Détail volontairement omis dans ces textes en raison du fait que cet aspect-là du problème avait été abondamment décrit dans divers journaux ou émissions. Toutefois, les grilles de lectures comportementales proposées sont souvent sujettes à la critique de ceux qui en ignorent le mode d’emploi. Facile d’accès, elles ne sont cependant pas « lisibles » n’importe comment. Or, en matière de description des conduites que nous adoptons envers autrui, chacun d’entre nous peut se reconnaître dans de telles listes, d’où le fait, bien compréhensible, que certains puissent jeter « le bébé et l’eau du bain avec ».

À titre d’exemple, parmi ce type d’inventaire, Isabelle Nazare-Aga, psychologue TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale), donne 30 caractéristiques pour reconnaître ce qu’elle nomme des « manipulateurs » (qu’ils soient pervers ou non). Cette liste est probablement l’une des plus utilisées (cf. ses best-sellers, Les manipulateurs sont parmi nous et Les manipulateurs et l’amour). À partir de 14/30 des points décrits, l’auteure conseille de fuir la relation, et au-delà de 25/30, il y a un risque de basculer dans la perversité. Aussi, en fonction des lecteurs de cette check-list, ceux qui ne sentent pas affectés par cette problématique n’y verront qu’un outil inadapté justement parce qu’il fait état d’attitudes que nous pouvons tous avoir un jour où l’autre envers autrui, et ceux qui la vivent au quotidien s’y reconnaîtront facilement du fait que les comportements ciblés y sont décrits factuellement. Or, l’observation d’un trouble de la personnalité d’un point de vue comportemental ne peut se faire que si l’on tient compte de la fréquence, de l’intensité et de la durée de ces conduites jugées « déviantes ». Ceci n’est jamais précisé, mais implicitement admis par toutes celles et tous ceux qui analysent ce genre de situation avec ce type de carte[2]. Si nous oublions ce détail, nous favorisons la confusion. Surgissent alors les incompréhensions et les passions cèdent le pas sur la raison. Cette situation n’aide finalement personne comme nous allons pouvoir le constater.

Dans un excellent article détaillant le fonctionnement du cerveau des victimes d’abus psychiques, paru sur Agoravox, Illel Kieser, anthropologue et psychologue, concluait à partir des travaux de Muriel Salmona, neuropsychiatre spécialisée en psychotraumatologie : « En d’autres mots, la plainte, au-delà d’un certain seuil, devient socialement intolérable, car elle touche à l’ordre et son existence, sa persistance constitue un facteur perturbant or, plutôt que d’y déceler une sourde protestation qui mériterait une pointe d’attention, elle est conçue comme une manifestation méprisable. Ceci révèle ainsi une paresse politique et une cécité morale dont les implications pourraient s’avérer profondes. Comme si le chaos dont la victime se plaint risquait de contaminer la société dans son ensemble… »[3]

Illel Kieser ne croyez pas si bien-dire. Ce chaos-là a toujours constitué une menace pour notre société et cette problématique est peut-être aussi vieille que l’humanité elle-même. Les difficultés auxquelles nous sommes confrontés posent encore et toujours la question du bouc émissaire[4] dans nos civilisations modernes. C’est dire son importance et l’humilité qu’il convient d’aborder en parlant de ce sujet, d’où l’intérêt aussi de clarifier les notions de « mouvement perversif », de « pensée perverse », de « noyaux pervers » et de connaître l’individu qui personnifie tous ces concepts : le pervers narcissique.

Si les grilles de lectures comportementales permettent une bonne approche du personnage, sous réserve des quelques précautions précitées, elles ne sont pas la meilleure voie d’accès à cette théorie et ne permettent pas de discriminer correctement un pervers narcissique, d’un non-pervers narcissique, car si tous les pervers sont effectivement narcissiques, tous les narcissiques ne sont pas pervers. De même, si tous les pervers sont forcément manipulateurs, tous les manipulateurs ne sont pas pervers. Vous suivez ?

Avant de poursuivre, une petite citation nous aidera à y voir plus clair. Gardons-la en mémoire pour comprendre comment nos divergences d’opinions opèrent :

(1) « Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des mots »

(2) « Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront des actions »

(3) « Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront des habitudes »

(4) « Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton caractère »

(5) « Prends soin de ton caractère parce qu’il formera ton destin »

(6) « Et ton destin sera ta vie. » [Dalaï LAMA]

Cette citation extraite d’un entretien avec sa Sainteté le quatorzième Dalaï-lama et le théologien brésilien Léonardo Boff[5] nous montre le lien qui existe entre nos pensées et notre vie au travers du processus qui permet de la concrétiser. Le numéro correspondant à chaque phrase sert d’indicateur de niveau auquel les échanges s’effectuent. Ainsi, lorsque les victimes parlent d’actes (3) par rapport à une grille de lecture comportementale, c’est en référence à des habitudes (4) qui forment un caractère (5). Mais ce qu’interprète l’interlocuteur étranger à ce processus, c’est que les victimes parlent d’actes (3) générés par des mots (2) qui, croit-ont, échappent à notre pensée (1) sans lien direct avec des situations conflictuelles particulières. C’est du moins ce que s’imaginent beaucoup de personne écoutant le récit des victimes.

Nous voyons bien au travers de cette schématisation les différences d’approches entre une victime d’abus et un « non-initié ». En fonction du point de vue où nous nous situons, nous n’aurons pas les mêmes ressentis vis-à-vis d’une prédation morale. Ceci aura des conséquences délétères pour les victimes de ce fléau qui se sentant isolées ou incomprises auront toutes les peines du monde à se montrer résiliente. Comment donc aborder le problème pour tenter de réduire les écarts de représentation d’une seule et même problématique ?

Pour gommer cette divergence-là, il faut remonter à la source du problème. C’est-à-dire aux pensées, et plus particulièrement à la « pensée perverse » telle que déjà définie dans la seconde partie de l’article sur les pervers narcissiques « manipula-tueurs ». Avec cependant une contrainte de taille comme déjà précisée dans ce dernier texte, celle d’être suffisamment empathique pour saisir la nature de cette pensée-là. Et cela, tout le monde ne le peut pas, nous le savons déjà (cf. Les pervers narcissiques manipulateurs – partie 2/2).

En résumé, nous avons d’une part des grilles de lectures comportementales très faciles à utiliser, mais sujettes à caution pour les raisons évoquées ci-dessus, et d’autre part des repères cliniques conceptuels, tels que relatés dans les articles cités précédemment, très difficiles à manier pour les néophytes, fussent-ils être des intellectuels aguerris.

Pour toutes ces raisons, il apparaît utile d’invoquer un autre outil, extrait du livre « Saccage psychique au quotidien » publié en 2002 et coécrit par Maurice Hurni et Giovanna Stoll. Il situe la perversion au regard de ce qui est admis comme la « norme » en sciences humaines, c’est-à-dire la névrose. Ainsi, serons-nous à même de mieux différencier (discriminer) les comportements transgressifs à partir d’une référence permettant de distinguer le normal du « pathologique ».

Tableau comparatif des personnalités névrotiques et perverses[6]

  Névrose Perversion
1 Conflit interne Conflit externalisé
2 Conflit entre instances intérieures Conflit expulsé : deviens conflit entre personnes ou institutions
3 Conflit maturatif, structurant Conflit stérile, déstructurant pour les autres
4 Morales, valeurs, déontologie (Surmoi) Pas de scrupules ; opportunisme
5 Culpabilité Pas de culpabilité
6 Idéal (Idéal du Moi) Mégalomanie (Moi Idéal)
7 Doutes Certitudes
8 Remise en question Persistance du but, seulement changement de tactique
9 Respect des différences ; recherche des différences Amalgame, nivellement ou brouillage des différences
10 Respect des différences de générations Dérèglement des différences générationnelles ; confusion
11 Intériorisation du temps (rythmes, étapes, évolution) Pas de temporalité ; instantanéité, circularité, « éternité » (Ndla : cf. concept de présentisme en psychopathologie)
12 Inscription dans filiation, généalogie Pas de filiation « auto-engendrement » ; pas de dette
13 Respect des différences des sexes Brouillage des différences sexuelles
14 Respect des limites (de territoire, des compétences…) Désorganisation ou escamotage des limites
15 Évitement de la souffrance pour soi et pour les autres Recherche de la souffrance pour soi (masochisme) et/ou pour les autres (sadisme)
16 Ressources intérieures prépondérantes Ressources extérieures uniquement
17 Autonomie Vide intérieur : dépendance
18 Recherche d’harmonie Recherche de stimulation
19 Créativité, curiosité Destructivité
20 Pensée créatrice Pensée stratégique
21 Amis Complices
22 Affects principaux = amour – haine Pas d’affects sauf rage et peur
23 Relations investies ; fidélité Partenaires interchangeables
24 Relations internalisées (se maintenant à travers le temps et l’espace) Relations « concrètes », physiques, nécessité de contrôler
25 Confiance Aucune confiance

Est-il utile ici de repréciser que les items présentés doivent être lus avec les mêmes principes de précaution que ceux émis pour les grilles de lectures comportementales ?

C’est-à-dire, en tenant compte des trois facteurs essentiels dans l’apparition de ces symptômes qui sont la fréquence, l’intensité et la durée de tels agissements.

Quoi qu’il en soit, ce qui rend cet outil particulièrement pertinent, c’est qu’il introduit une notion fondamentale, objet central des travaux de Paul-Claude Racamier. En effet, le travail de cet explorateur de la psyché humaine est intéressant pour l’analyse de nos problèmes de société, parce que le cœur de ses recherches porte sur les conflits intrapsychiques et interpsychiques, leurs rapports de codépendance et leurs moyens de diffusion (de propagation ou de contagion) tels que le langage et la communication, d’où le nom de « topique interactive » donnée à la théorie de cet auteur. La grande originalité de ses découvertes consiste donc à avoir su formaliser les liens intersubjectifs qui se tissent entre l’intra et l’interpsychique selon une approche clinique qui met à jour le pathologique.

C’est ce que nous indique le tableau comparatif ci-dessus en commençant par décrire les différences de résolution d’un conflit. C’est bien la façon dont nous agissons dans ce type de situation qui nous permet de distinguer le normal du pathologique. En cas de conflit, un névrosé aura tendance à l’internaliser (1), alors que le pervers refusera toute remise en cause de ses actes. Ce dernier se défaussera de toutes implications, n’éprouvera aucun scrupule (4) à faire supporter par autrui la responsabilité de ses propres actes, niera son rôle dans le processus d’exportation des conflits (2)(3) sous couvert d’une « fausse innocence »[7] [déni et machiavélisme], affichera une certitude sidérante (7)(20) allant même jusqu’à démentir ou contredire une position qu’il défendait au préalable et en d’autres circonstances (8)(9)(11), tout en faisant abstraction ou en contestant formellement les éléments factuels qui viendraient contredire sa position [clivage et « mauvaise foi »] et pour finir vous accusera d’être la cause de ses tourments [projection et victimisation]. Tout ceci non seulement sans peine, mais qui plus est avec une certaine jouissance (« joie maligne »). D’autant qu’en cas de conflit, ce type de scène se déroule à l’insu de la victime manipulée par des manœuvres subreptices visant à l’isoler et à la déstabiliser aux moyens de l’induction de culpabilité (5), de l’ironie, de mensonges, de fausses rumeurs, de tromperie, de commérages (19)(20), etc., destinés à créer un climat d’insécurité qui fera sombrer l’abusé dans un état de décervelage réduisant ses possibilités de sortir de l’emprise de cette relation pathologique (17).

En conclusion, la réponse à la question de savoir « comment reconnaître un pervers narcissique » consiste à observer la façon dont le susdit va se conduire vis-à-vis de ses propres conflits internes (deuils, renoncements, frustrations, contrariétés, etc.). S’il les expulse ailleurs et s’en réjouit, sans culpabiliser et sans se remettre en question, s’il en génère ou les recherche lorsque le « ciel est bleu », qu’il dénie et projette sur autrui ses propres vices en inversant les rôles, etc., il y a tout lieu de s’interroger, car « l’une des premières caractéristiques notées par les psychologues étudiant la perversion relationnelle est l’inversion »[8].

C’est bien cette dernière qui, avec le plaisir (« joie maligne »), donne à la perversion narcissique son caractère pervers (perversité), car la perversion est l’action de faire changer en mal, de corrompre ou de détourner quelque chose de sa vraie nature, de la normalité[9]. Autrement dit, d’inverser le bien en mal. Ce qui fit dire à Robert Dreyfus, médecin et psychiatre vaudois ayant rédigé la préface du livre de Maurice Hurni et Giovanna Stoll (comptant parmi les rares spécialistes ayant poursuivi les travaux de Paul-Claude Racamier) : « En développant une recherche qui avait déjà fourni la substance d’un livre important[10], les auteurs étendent et approfondissent leur réflexion sur les objectifs, les méthodes et les limites de la psychothérapie dans un domaine proche de celui des psychoses, mais auquel la destructivité, sous des formes diverses et surtout masquées, confère un caractère que l’humanité s’est toujours représenté sous la figure du Mal. Tous les mythes nés de l’expérience en parlent avec des métaphores où figure la description détaillée et d’une pertinence surprenante des processus pervers démontrés et analysés par les auteurs. Nous y reconnaissons les stratégies du Diable, grand séducteur et manipulateur, celui qui inverse les valeurs et multiplie les faux-semblants pour prendre possession de ses victimes et en faire ses adeptes. Il jouit de répandre le Mal et son rire éclate sur le malheur du monde. Au XVIe siècle, Ambroise Paré, le plus grand médecin de son temps et père de la chirurgie moderne, pensait que les enchanteurs “par des moyens subtils et inconnus” corrompaient le corps, l’entendement, la santé et la vie des humains. En 1565, Hans Wier (Weyer), médecin de Guillaume IV, duc de Clèves, divise l’opinion de son temps en affirmant que sorciers et sorcières ne sont pas possédés du Diable mais des malades, leur conférant ainsi pour la première fois le statut de sujet. Dès lors, la malfaisance sera d’origine humaine. Mais pour exorciser l’humain dans l’homme, nous avons maintenant des récits laïques évoquant à la façon des cauchemars toute une troupe de morts-vivants se nourrissant de la vie d’autrui : vampires et goules, zombie et robots destructeurs, envahisseurs venus d’un autre monde sous une apparence humaine, etc. Ces fictions naïves et pourtant si fidèles au processus pervers analysé par les auteurs sont à la science ce que les invocations chamaniques sont à la réalité : une prise de pouvoir illusoire et rassurante. C’est maintenant par l’analyse des structures et des processus relationnels pervers, de leur origine et de leur fonctionnement, sur la base d’observations cliniques rigoureuses que peut se développer une prévention et que s’élaborent des perspectives thérapeutiques dans ce domaine. Ce dévoilement nous inspire à maintes reprises un sentiment d’évidence surprenant : comment ne l’avions-nous pas compris ? Et surtout pourquoi ? »

Philippe Vergnes

N.B. :

Il n’a pu être fait mention dans cet article de toute la richesse des outils permettant de mieux appréhender la perversion narcissique. Certains ont été nommés sans être développés. Il s’agit entre autres du déni, du clivage et de la projection tels qu’ils furent théorisés par la psychanalyse et passés dans le langage courant. D’autres, comme la « fausse innocence », « l’emprise », le « décervelage » sont plus novateurs et demandent à être mieux connus. D’autres encore, telles que « l’intentionnalité » des agirs pervers, ignorée par la psychanalyse ou la psychiatrie, n’ont pu être précisées tout en étant implicitement déductibles de cette présentation. Et enfin, certains, dont la complexité aurait de trop surchargé ce résumé, n’ont pas pu être présentés (« incestualité », « antœdipe », « paradoxalité », « suicidose », « excret », « fantasme d’autoengendrement » – FAE – et son corolaire le « fantasme d’autodésengendrement » – FADE –, etc.). Tous font partie intégrante de la « topique interactive » de ce chercheur. Mais que le lecteur se rassure, bon nombre de professionnels ignorent ces mécanismes et procèdent à des abstractions qui leur permettent de faire ‘coller’ leur ‘vérité’ à l’état qu’il souhaite décrire (ils adaptent leur ‘carte’ au ‘territoire’ qu’ils disent explorer, tout en restant aveugle aux ‘balises’ importantes qui viendraient infléchir leur théorie). C’est ce qui s’appelle plus prosaïquement, « ramer à contre-courant ». Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, que la psychanalyse n’ait pas bonne presse et c’est bien regrettable…

[1] Néologisme employé par Jacques Regard dans son petit livre très didactique : « Manipulation : ne vous laissez plus faire », paru en 2009.

[2] Cf. Alfred Korzybski et sa Sémantique Générale : « Une carte n’est pas le territoire ».

[3] Illel Kieser, Complaisance victimaire, un démenti, Agoravox du 24 février 2010.

[4] René Girard, La violence et le sacré, 1972, Le bouc émissaire, 1982, Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1983, La route antique des hommes pervers, 1985, Je vois Satan tombé comme l’éclair, 2001, etc.

[5] L’entretien en entier est à lire sur le site de buddhachanel.fr : Dialogue avec le Dalaï-lama : « Il n’y a pas de religion plus grande que la vérité ».

[6] D’après Maurice Hurni et Giovanna Stoll, Saccages psychiques au quotidien – Perversion narcissique dans les familles, pp. 166-167.

[7] Concept défini par P.-C. Racamier et dont la définition est la suivante : « Désigne une apparence singulière d’innocence, offerte par certaines personnalités à narcissisme pervers, qui parviennent à présenter des clivages internes sans en rien laisser paraître et sans aucunement en souffrir, les faisant “co-agir” et “calfater” par l’entourage. Cette innocence est particulièrement trompeuse et redoutable ; elle signale l’organisation caractérielle d’une perversion narcissique le plus souvent inamovible ; l’air de tranquillité résulte de la triple “impasse” effectuée aux dépens d’autrui par le moi de la fausse innocente : impasse sur son surmoi (la considération pour autrui est privée d’importance) ; impasse sur le clivage (dont le calfatage est assuré à grand frais par les soins d’autrui, qui, lui, ne s’y retrouve plus) ; impasse enfin sur le deuil des illusions narcissiques (la personne étant fermement persuadée d’incarner la petite merveille imaginée par sa mère). Ainsi se réalise pleinement les conditions requises par la perversion narcissique », in Cortège conceptuel, pp. 47-48.

[8] Ibidem, p. 167.

[9] Définition CNTRL

[10] Maurice HURNI et Giovanna STOLL, « La Haine de l’amour », 1996.

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